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Trump : Le Talon d'Achille d'Elon Musk ?

2025-03-24

Auteur: Léa

L'alignement d'Elon Musk avec Donald Trump semblait initialement être une stratégie pour renforcer son influence à Washington. Cependant, cette alliance pourrait lui coûter sa stature mondiale. Ce qui était jadis perçu comme un levier stratégiquement avantageux se révèle de plus en plus comme un obstacle majeur, particulièrement pour ses entreprises emblématiques, Tesla et SpaceX. Trump, autrefois considéré comme un atout, est maintenant perçu comme un véritable risque.

Depuis qu'il a été nommé à la tête du Département de l'Efficacité Gouvernementale (DOGE), Musk a acquis un niveau de pouvoir sans précédent, supervisant des agences qui régulent ses propres entreprises. Par exemple, le CFPB, qui avait mené des enquêtes sur Tesla. Cette situation exceptionnelle crée une confusion des rôles, où Musk est tour à tour entrepreneur, régulateur public et prestataire des services étatiques. Ce mélange d'intérêts aurait provoqué un scandale dans n'importe quelle démocratie libérale, mais aux États-Unis, il renforce la stratégie médiatique de leur duo présidentiel.

Le tournant ? Une conférence de presse surréaliste à la Maison-Blanche au début de mars, où Trump a été vu au volant d'une Tesla Model S rouge, s'engageant à "acheter des Tesla", alors même que le titre de l'entreprise avait chuté de 15 % sur Wall Street. Ce geste a symbolisé la fusion entre la marque Tesla et le pouvoir en place, faisant comprendre au grand public et aux marchés que Tesla n'était plus seulement une entreprise, mais un symbole politique.

Les retombées de cette alliance sont immédiates et désastreuses. Tesla devenu une cible : des véhicules incendiés à Toulouse et à Berlin, des bornes de recharge vandalisées, des manifestations aux États-Unis. Certains propriétaires commencent même à afficher des messages de désolidarisation sur leurs véhicules. En février, les ventes de Tesla ont chuté de 76 % en Allemagne et de 26 % en France, tandis que l'action a perdu 35 % depuis le début de l'année. Parallèlement, les incessants signes de proximité idéologique entre Musk et Trump éloignent de plus en plus une clientèle historiquement attachée à des valeurs de transition énergétique et d'innovation ouverte.

La situation est tout aussi préoccupante du côté de SpaceX. Fournisseur officiel d'internet à la Maison-Blanche grâce à Starlink, et bénéficiant de contrats publics s'élevant à plus de 3,5 milliards de dollars, Musk mise sur sa proximité avec l'administration actuelle. Cependant, cette proximité devient un frein sur d'autres marchés. L’Ontario a annulé un contrat de 100 millions de dollars, l’Italie bloque une négociation de 1,5 milliard, et la Pologne menace de se retirer. De plus, l'Afrique du Sud, pays natal de Musk, hésite à permettre l'entrée de Starlink après ses déclarations controversées sur les lois de discrimination positive.

L'alliance entre Trump et Musk, bien qu'elle ait permis à Musk d'accéder à un pouvoir fédéral sans précédent, le prive également de la neutralité nécessaire à une entreprise de portée internationale. Starlink, qui aurait pu être un outil stratégique de connectivité, se transforme en instrument diplomatique, tandis que Tesla devient un produit identitaire, clivant, rejeté au-delà des frontières américaines. Musk ne vend plus simplement des technologies ; il vend une vision politique, et le marché mondial lui en fait payer le prix.

Ce paradoxe est frappant : en consolidant son influence sur les institutions américaines, Musk compromet sa crédibilité internationale. Il sécurise ses contrats, mais au détriment de sa marque. Il élargit son influence tout en ternissant son image. Au bout du compte, il semble que Musk ait conçu un empire dont il devient également la principale source de vulnérabilité.

Elon Musk pensait avoir trouvé en Donald Trump un allié stratégique, mais peut-être a-t-il plutôt découvert son talon d'Achille.