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Lionel Jospin : « La capitulation de l’Ukraine serait également celle des États-Unis »

2025-03-30

Auteur: Pierre

L’ancien premier ministre socialiste Lionel Jospin, qui a exercé ses fonctions de 1997 à 2002, s'exprime sur les répercussions des débuts de la présidence de Donald Trump sur les relations internationales, en particulier à la lumière de la situation actuelle en Ukraine. Bien qu'il ait des préoccupations concernant la dérive autoritaire de Trump, Jospin exprime également sa conviction que le peuple américain pourrait faire preuve de résistance lors des prochaines élections de mi-mandat en 2026.

Lorsqu'il s'agit d'évaluer les premiers pas de Donald Trump à la Maison Blanche, Jospin souligne un changement radical dans la politique étrangère américaine. Trump et son équipe semblent traiter des alliés de longue date comme des adversaires, en se détournant des fondements du système international établi depuis la Seconde Guerre mondiale. Ils mettent à l'écart les organisations multilatérales, négligent le droit international et affichent des intentions expansionnistes, notamment en ce qui concerne des territoires comme le Groenland ou le Canada. Ce revirement a semé le doute sur l'engagement des États-Unis envers l'OTAN et les principes de solidarité établis dans l'article 5 du traité.

Dans un paradoxe frappant, Trump aborde Vladimir Poutine — le leader d'un pays souvent considéré comme un adversaire des démocraties — non pas comme une menace, mais comme un partenaire potentiel. Jospin décrit cette approche comme étant basée sur une illusion dangereuse, tant pour l'Europe que pour les États-Unis. Il s'interroge sur la durabilité de cette politique, surtout face à des défis comme la résilience de l'Ukraine en tant que nation souveraine et la résistance grandissante que l'on observe en Europe.

Jospin affirme que la situation n'est pas irrémédiable. Il soutient que Trump sera confronté à trois réalités : la détermination de l'Ukraine à se maintenir en tant que nation indépendante, l'émergence d'une résistance en Europe, et l'ambition maximaliste de la Russie. Trump semble vouloir se poser en tant que faiseur de paix, mais Jospin prévient que Poutine n'a qu'un seul but : annihiler l'existence de l'Ukraine en tant que nation libre.

La capitulation de l’Ukraine, avertit Jospin, n'aurait pas seulement pour conséquence l'affaiblissement de l'Ukraine, mais cela représenterait également un recul significatif pour les États-Unis. Il souligne que pour un homme qui prétend être le « mâle alpha », Trump prendrait un risque énorme en cédant à Poutine, un acte qui enverrait un signal troublant à la Chine et aux alliés du monde entier. Cette dynamique pourrait redéfinir les rapports de force à l’échelle mondiale et nuire durablement à la crédibilité des États-Unis sur la scène internationale.