
En Turquie, l'indignation s'intensifie après l'arrestation du maire d'Istanbul
2025-03-21
Auteur: Marie
La Turquie est en proie à une vague de manifestations croissantes, prévues pour le vendredi 21 mars, en soutien à Ekrem Imamoglu, le maire d'Istanbul et principal adversaire du président Recep Tayyip Erdogan. Cela fait suite à son arrestation controversée, accusé de « terrorisme » et de « corruption. »
Özgür Özel, le leader du Parti républicain du peuple (CHP), principal parti d'opposition, a appelé à de vastes manifestations dans toutes les provinces du pays à 20 h 30, incitant les citoyens à descendre dans la rue après le repas de rupture du jeûne durant le mois sacré de Ramadan. Malgré les mises en garde des autorités, il a déclaré : « Nous ne nous contenterons plus de faire de la politique dans des salles, nous sommes désormais dans la rue. » Des rassemblements ont déjà eu lieu depuis mercredi dans au moins 32 des 81 provinces de Turquie, attirant des milliers de manifestants à Istanbul.
La tension a atteint son paroxysme à Istanbul, où la police a déployé des canons à eaux et des balles en caoutchouc contre les manifestants désireux de se rassembler sur la place emblématique de Taksim. Les rapports font état de 53 arrestations et de blessures chez 16 policiers lors des affrontements, alors que les autorités avaient déjà décrété une interdiction de manifester jusqu'à dimanche dans la ville.
Recep Tayyip Erdogan a finalement rompu son silence et a critiqué la contestation, la qualifiant d'hypocrisie et affirmant que les préoccupations du CHP ne reflètent pas celles du peuple turc. « Nous n'avons pas de temps à perdre avec leurs spectacles », a-t-il ajouté, montrant son mépris pour les manifestations populaires.
Ekrem Imamoglu, estimé comme le principal rival d'Erdogan, était sur le point de se faire désigner candidat du CHP à la présidentielle. Cependant, son diplôme universitaire a été annulé quelques heures avant son arrestation, ce qui complique davantage sa situation, car la Constitution turque exige un diplôme d'enseignement supérieur pour se présenter.
Ses partisans craignent maintenant qu'il ne soit incarcéré après sa garde à vue et remplacé par un administrateur d'État à la tête de la municipalité d'Istanbul.
« Le maire n'est ni corrompu, ni voleur, ni terroriste », a clamé Özgür Özel lors d'une manifestation, promettant de continuer la lutte jusqu'à la libération d'Imamoglu et des autres maires emprisonnés.
Au moins 88 autres personnes, arrêtées lors de la même opération que le maire, demeurent en détention.
Cette effervescence intervient un an après la débâcle de l'AKP d'Erdogan lors des élections municipales, marquée par une crise économique persistante.
Les restrictions temporaires sur l'accès aux réseaux sociaux, notamment X et WhatsApp, imposées par les autorités en raison de messages jugés provocateurs, ont été levées dans la nuit de jeudi à vendredi, mais ce climat de tension persiste.
Cet événement pourrait bien mener à une profonde refonte politique dans le pays, alors que l'opposition émet des craintes de voir la démocratie turque encore plus menacée.