
Défense européenne : l'Allemagne face à la controverse des avions F-35 américains
2025-03-10
Auteur: Julie
Alors que les chefs d'état-major européens se réunissent à Paris pour élaborer un plan de paix pour l'Ukraine, l'autonomie stratégique de l'Europe est à un tournant crucial. Avec le désengagement américain de la sécurité européenne, les dirigeants européens parviendront-ils à traduire leurs promesses en actions concrètes ? Ou la domination des États-Unis sur le marché des armes continuera-t-elle de régner ?
Un contrat illustre à lui seul les contradictions de la défense européenne. Suite à l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022, l'Allemagne a déclaré vouloir acquérir jusqu'à 36 avions de chasse F-35A, produits par Lockheed Martin, pour un montant approchant les dix milliards d'euros. Ces avions, dont la livraison est prévue entre 2026 et 2029, doivent remplacer les Tornado de l’armée allemande. Comme d'autres pays européens tels que l'Italie, le Royaume-Uni ou les Pays-Bas, l'Allemagne voit dans le F-35 un outil incontournable de dissuasion, capable même de porter des armes nucléaires.
Cependant, la question se pose : l'Allemagne est-elle vraiment prête pour une défense européenne autonome ? Certains experts soulignent que l'achat d'avions américains compromet la souveraineté technologique du pays. Un industriel français a récemment déclaré : « D'une part, les Allemands affirment vouloir renforcer la défense européenne. D'autre part, ils demeurent totalement dépendants de la chaîne d'approvisionnement américaine. » Il critique le choix d'acheter des avions de chasse dont l'Allemagne ne maîtrisera pas la technologie ou le système de combat.
Cela dit, le chancelier Olaf Scholz, qui avait été favorable au contrat, pourrait bientôt être confronté à des défis. Son successeur, Friedrich Merz, dont la prise de fonction est prévue dans les six prochaines semaines, souligne déjà la nécessité d'une défense européenne indépendante. Il appelle à remettre en question la stratégie actuelle et à envisager des alternatives qui renforcerait l'autonomie de l'Europe en matière de défense.
Michael Schöllhorn, directeur d'Airbus Defence and Space, met en lumière le risque de dépendance accrue. « Si nous utilisons l'augmentation de nos dépenses de défense pour continuer à acheter des produits standards aux États-Unis, nous renforçons notre dépendance », a-t-il déclaré lors d'une interview avec un quotidien régional. Son appel à prioriser les systèmes européens, tels que l'Eurofighter Typhoon, résonne dans un contexte où des pays comme le Danemark se retrouvent à la merci de décisions américaines.
D'ailleurs, selon Schöllhorn, après les menaces de Donald Trump, le Pentagone a développé des systèmes qui pourraient empêcher des F-35 danois de se déployer en cas de nécessité. « Les États-Unis peuvent les clouer au sol grâce à un mécanisme de blocage », a confirmé une source de l’OTAN.
Cette réalité souligne le manque de souveraineté des pays européens sur les questions de défense. En Suisse, des élus commencent à réévaluer l'achat de F-35, s'interrogeant sur la pertinence d'un tel choix qui date de 2021, alors que le pays avait opté pour le modèle américain plutôt que le Rafale français.
L'inquiétude grandissante face à cette dépendance pourrait-elle déclencher un effet domino parmi les nations européennes ? Les opinions divergent, mais une chose est sûre : l'Europe est à un moment charnière de son histoire militaire.